Âges d’enfouissement, fantômes de roches et structuration karstique, cas de la vallée de la Vis (Sud de la France)
Oswald Malcles, Philippe Vernant, Jean Chéry, Jean-François Ritz, Gaël Cazes, David Fink
Abstract
De nouveaux âges d'enfouissement par mesure des rapports isotopiques 26Al/10Be au sein de trois cavités proches du canyon de la Vis (sud de la France, limite sud-est des Grands-Causses) remettent en question le modèle de karstogenèse classiquement utilisé pour expliquer la structuration des réseaux. En effet, les niveaux subhorizontaux de galeries souterraines sont généralement utilisés comme marqueurs de la position du niveau de base régional (i.e., rivière). Si la relation âge d’enfouissement et hauteur relative au niveau de base régional attendue en utilisant le modèle classique per descensum pour les grottes des Scorpions (1,2 ± 0,4 Ma, +105 m relative au niveau de base -r.n.b.-) et de Bergougnous (1,2 ± 0,3 Ma, +117 m r.n.b.) est en accord avec la quantification du taux moyen d'incision régional (83 ± 35 m/Ma), elle ne permet pas d’expliquer l'âge de 0,94 ± 0,07 Ma obtenu pour les remplissages des niveaux horizontaux du Rocas situés bien plus haut en altitude (+317 m r.n.b.). Les deux premières cavités s’ouvrent directement dans les gorges, alors que la troisième s’ouvre sur le plateau à moins de 4 km des gorges. C’est à notre connaissance la première fois que des données quantitatives étayent la proposition que le modèle de karstogenèse régional contrôlé par la position du niveau de base n’est pas universel. Ces datations permettent de proposer que la fantômisation joue un rôle primordial en contrôlant la localisation des niveaux sub-horizontaux. Ce processus interne au karst relègue le rôle de la position du niveau de base régional à celui d’un simple déclenchement externe de l'évidement des produits d’altération générés par la fantômisation.